Créé pour faire perdurer l’esprit de Jean-Marie Pelt, le festival international de cinéma écologiste est de retour pour une deuxième édition, du 21 au 24 novembre prochain. Rebaptisé CinéMaTerre et soutenu désormais au niveau européen, le rendez-vous propose près de 30 films au public dont une vingtaine en compétition. Revue des nouveautés et des films à ne pas manquer.

Ne dites plus MaPlanète

L’an passé, le festival international de films à thématiques écologistes s’appelait tout simplement MaPlanète… Sauf que le groupe Canal+ a jugé ce patronyme trop proche de celui de sa chaîne Planète+. Trêve de tergiversations et d’imbroglios juridiques, les fondateurs du festival ont choisi de le renommer. Et puis « CinéMaTerre, ça colle bien », tranche Marie-Anne Isler-Béguin, directrice de l’Institut européen d’écologie, co-fondatrice de CinéMaTerre.

CinéMaTerre devient européen

Pour cette deuxième édition, le festival CinéMaTerre intègre une « dimension européenne » puisqu’il est désormais intégré au programme transfrontalier Noé-Noah, consacré aux projets à dimension écologique. « Nous comptons désormais toucher les publics européens », affirme Marie-Anne Isler-Béguin. Une ouverture du festival est prévue en parallèle au cinéma Utopia de Luxembourg. Les partenaires allemands, luxembourgeois et belges remettront également un prix, le Noé-Noah.

Des séances hors les murs

Quand on parle d’ouvrir les thématiques écologistes au plus grand nombre, l’équipe du festival a choisi aussi de cibler les publics « oubliés ». Une projection d’un film en compétition, ainsi qu’un débat, auront lieu à la prison de Queuleu. Les séances seront également ouvertes aux femmes accompagnées par l’AIEM.
« C’est un moyen d’inclure les personnes qui sont souvent éloignées des questionnements écologistes », appuie Marie-Anne Isler-Béguin.

Klaus Eder président du jury

Son nom ne vous dit peut-être rien mais Klaus Eder est une pointure. Né en Allemagne en 1939, il devient critique de cinéma au milieu des années 60 avant de collaborer à plusieurs magazines et de se lancer dans l’écriture de plusieurs ouvrages notamment sur les réalisateurs Andrzej Wajda, Luis Bunuel ou Nikita Mikhalkov. Après avoir été programmateur du festival international du film de Munich, il est depuis 1987 secrétaire général de la Fédération internationale des critiques de cinéma (Fipresci), rien que ça.
Dans le jury du festival CinéMaTerre, on trouve également d’autres personnalités diverses et variées : le pharmacien Jacques Fleurentin, collaborateur de Jean-Marie Pelt ; Vicky Arvelaki, ancienne journaliste pour la télévision grecque et réalisatrice de documentaires ; Sonia Gailliardot, spécialiste de l’ayurveda, une médecine traditionnelle indienne ; et enfin, Julia Dordel, docteure en ingénieurie forestière, directrice d’une société de production en Allemagne et engagée dans la représentativité des femmes dans les films et la télévision.

Outre les Aquabliers d’or, d’argent et de bronze de la sélection en compétition, plusieurs prix sont remis, notamment un par les élèves du lycée de la Communication. La fondation Na.Project, dédiée à l’art contemporain, délivrera aussi une bourse du premier film pour l’aider à réaliser le suivant.

Le programme

Qu’est-ce qu’on trouve donc dans ce nouveau cru ? L’appel à films a visiblement été fructueux selon les organisateurs du festival. 90 films envoyés, 20 ont été sélectionnés par un comité. 20 films du monde entier allant de la Slovénie au Canada en passant par l’Indonésie. « Deux tiers viennent de l’étranger et beaucoup ne seront visibles nulle part ailleurs puisqu’ils sont souvent hors des circuits classiques du cinéma », ajoute Michel Noll, cinéaste et co-fondateur de CinéMaTerre. Biodiversité, initiatives locales, agriculture, monde du vivant mais aussi sauvegarde des données nourrissent la sélection. On y trouve des vaches broutant sur un site d’enfouissement (Journal de bovins, David Darmadi et Lidia Afrilita), une investigation sur l’importance des forêts (Les rivières volantes, Aurélien Francisco Barros) ou l’histoire du dernier rhinocéros blanc du Nord, protégé nuit et jour des braconniers (Le dernier mâle sur Terre, Floor Van der Meulen).

Et à tous ceux qui vont nous dire qu’un festival de films écologistes est forcément plombant, les organisateurs répondent : « Beaucoup de films proposent des solutions. » Si certains films sont durs, «  d’autres sont assez positifs et peuvent être légers » et surtout profondément « humanistes ».

Outre les 20 films en compétition, 10 films sont projetés dans une sélection parallèle : Panorama. On y trouve ici des films plus “connus”, repérés dans de grands festivals, comme Still Recording , de Saeed Al Batal et Ghiath Ayoub sur la guerre en Syrie, ou l’enquête de Sandrine Rigaud à propos du greenwashing made in une grande entreprise de sodas Les promesses en plastique de Coca-Cola.

À ne pas manquer non plus, la soirée du 21 novembre, consacrée aux films écologistes…diffusés sur la plateforme Youtube. Une bonne fois pour toutes, notez qu’il s’y passe de très bonnes choses.

Notre sélection personnelle

Un film en compétition et un autre de la sélection Panorama nous titillent. En compétition, le long métrage When tomatoes met Wagner (Marianna Economou) ou une truculente et douce-amère plongée dans le village grec d’Elias qui, pour survivre, fait pousser des tomates au son de Richard Wagner afin qu’elles soient meilleures. La réalisatrice suit le parcours des habitants, alors qu’ils tentent de commercialiser leurs pots de sauce dans le monde entier. Le film est le représentant grec aux Oscars du meilleur film étranger.
Hors compétition cette fois, l’enquête Sea of Shadows (Richard Ladkani) qui ressemble à un polar de fiction : des cartels mexicains, des revendeurs véreux et un poisson miraculeux dans la médecine traditionnelle chinoise, si cher qu’il est surnommé la “cocaïne de la mer”. Au centre, la vaquita, la plus petite baleine du monde, et victime collatérale de ce trafic. Elles ne seraient plus qu’une dizaine de représentants.

Gardez espoir, matez des films

09 octobre 2019La Semaine